Ces forces impitoyables

Il existe certaines forces, des forces formidables, mais sauvages et primesautières, des forces tout à fait impitoyables. On les observe avec une attente inquiète, du même œil qu’on eut à regarder la chaudière d’une cuisine infernale: à tout moment des bouillonnements et des explosions peuvent se produire, annonçant de terribles cataclysmes. Depuis un siècle nous sommes préparés à des commotions fondamentales. Si, dans ces derniers temps, on tente d’opposer, à ce penchant profondément moderne de renverser ou de faire sauter la force constitutive de ce que l’on appelle l’Etat national, celui-ci n’en constitue pas moins, et pour longtemps, une augmentation du péril universel et de la menace qui pèse sur nos têtes. Nous ne nous laissons pas induire en erreur par le fait que les individus se comportent comme s’ils ne savaient rien de toutes ces préoccupations. Leur inquiétude montre combien ils sont bien informés; ils pensent à eux-mêmes avec une hâte et un exclusivisme qui ne se sont jamais rencontrés jusqu’à présent; ils construisent et ils plantent pour eux seuls et pour un seul jour; la chasse au bonheur n’est jamais si grande que quand elle doit être faite aujourd’hui et demain; car après-demain déjà la chasse sera peut-être fermée. Nous vivons à l’époque des atomes et du chaos atomique. Au moyen âge les forces adverses étaient à peu près contenues par l’Eglise et elles s’assimilaient en une certaine mesure les unes aux autres par la forte pression qu’exerçait l’Eglise. Lorsque le lien se déchire et que la pression diminue, les unes se dressent contre les autres. La Réforme décréta que certaines choses étaient adiaphora, appartenant à des domaines qui ne devaient pas être déterminés par la pensée religieuse; c’est à ce prix qu’elles eurent le droit de vivre elles-mêmes. De même le christianisme, opposé à l’antiquité beaucoup plus religieuse, maintient son existence à un prix semblable. Depuis cette époque la séparation s’accentua toujours davantage. Aujourd’hui presque tout ce qui existe sur terre n’est déterminé que par les forces les plus grossières et les plus malignes, par l’égoïsme de ceux qui acquièrent et par la tyrannie militaire. L’Etat, entre les mains de cette tyrannie, de même que l’égoïsme de ceux qui possèdent, fait un effort pour tout organiser à nouveau, par ses propres moyens, de façon à servir de lien et de contrainte pour toutes les forces adverses. Ce qui équivaut à dire que l’Etat souhaite que les hommes professent pour lui le même culte idolâtre qu’ils avaient voué à l’Eglise. Avec quel succès? Nous finirons par nous en apercevoir. En tous les cas, nous nous trouvons encore aujourd’hui dans le fleuve du moyen âge, un fleuve qui charrie des glaces. Le dégel l’a mis en mouvement et sa puissance ravage tout sur son passage. Les glaçons s’entre-choquent et s’accumulent; tous les rivages sont inondés et d’un accès dangereux. Il est tout à fait impossible d’éviter la révolution, la révolution des atomes. Mais quels sont les éléments indivisibles les plus petits de la société humaine?




Published in:Uncategorized |on février 15th, 2016 |

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